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Jeune Chambre Économique de Tours - Le Mouvement des Jeunes Citoyens Entreprenants

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Visite de l'étoile bleue

 

Après avoir passé la porte munie de son indispensable judas, on pénètre dans le grand salon, où se trouvent deux grandes fresques représentant une femme avec des lévriers. Au plafond, des néons en forme d'étoile. Au sol, une mosaïque, toujours intacte.

 

Les fresques du grand salon, naïves et de style 1925, sont l'oeuvre du peintre Jacquemin, dessinateur satirique du journal local de l'époque. Ce sont des pastiches de "Coursing II", gravure du peintre Louis Icart (1888-1950). Il s'agissait d'une pointe sèche en couleurs sur papier japon, qui s'est d'ailleurs vendue 4800 F à l'Hôtel Drouot en novembre 1980; Jacquemin déshabilla la femme du tableau original et stylisa l'ensemble.

 

 

Il y a aussi d'autres fresques au rez-de-chaussée. Plus coquines et plus osées, elles sont le fruit d'une collaboration entre Jacquemin et Rickie. Elles ont été réalisées selon la technique de la colle de peau de lapin. Si elles sont demeurées intactes, c'est grâce aux bons soins de Monsieur Albert, l'amant de Madame qui joua les conservateurs.

 

Du salon, une glace sans tain autorise un regard sur la "chambre du curé", réservée aux voyeurs comme aux timides qui préféraient ce moyen pour choisir la fille de leurs rêve.

Aux étages, les chambres, plutôt petites (juste assez de place pour mettre le lit, le sanitaire et remuer un peu !). A partir du rez-de-chaussée, grâce à un ingénieux système de sonnettes, la tenancière assurait la surveillance de toutes les chambres, y compris la durée des passes ! Une des pièces du premier étage, entièrement obscure, servait à enfermer les filles récalcitrantes : c'était la chambre-prison.

 

Je me souviens fort bien de Madame Andrée, la dernière taulière de l'Etoile Bleue. La tradition veut que les fresques du grand salon la représentent, nue, entourée de ses lévriers. Chère Madame Andrée, malgré son dévouement, c'est elle qui sera obligée de fermer l'Etoile Bleue, lors de la promulgation de la loi de Marthe Richard, un jour d'avril 1946.

 

Cette alsacienne austère, portant tailleur stricte, conduisait elle-même ses filles à la visite médicale, le mercredi et le samedi : Madame ouvrait le cortège, la contre-maîtresse le fermait.

 

Madame Andrée avait un mari, il mourut poignardé dans un café voisin. Elle avait aussi un amant, avec qui elle finit ses jours jusqu'en 1961 : Monsieur Albert, un sergent chef de la Légion.

 

Après 1946, l'Etoile Bleue reste à l'abandon. Elle fut habitée par quelques clochards : Dédé et P'tit Louis, deux anciens clients, et par Monsieur Albert. Celui-ci mourut en 1978 de la syphilis, au milieu d'un vingtaine de chats et d'un millier de boites de Ron-Ron... vides.

 

Il fut alors question de démolir l'Etoile Bleue, pour rénover le quartier. Parvenue aux oreilles de tourangeaux amoureux de leur ville, et sensibles à la sauvegarde de leur patrimoine historique, ce projet en émut plus d'un.

 

Trois jeunes lancèrent une pétition en faveur de l'Etoile Bleue : Philippe Anginot, Paul Veyssière et Jean Bourgeois. En juin 1980, ils avaient obtenu plus de 500 signatures. Ils organisèrent même des journées portes ouvertes où les jeunes découvraient les vestiges d'un monde qu'ils n'avaient pas connu, et où les moins jeunes venaient retrouver, non sans quelque nostalgie, des souvenirs du passé. Ainsi, l'Etoile Bleue voulait revivre, l'Etoile Bleue devait revivre. Mais qu'en faire ?

 

Plusieurs propositions furent émises : qui suggéra un musée Courteline, qui suggéra un restaurant. On parla même de la transformer en logements sociaux.

 

Alors... la Jeune Chambre Economique de TOURS est arrivée !

 

Elle avait besoin d'un local. Avec l'aide de Monsieur Royer, Maire de Tours, et la contribution financière de ses membres (actifs et anciens) la Jeune Chambre fit l'acquisition de l'Etoile Bleue. Elle entreprit sa restauration. Les fresques sont rafraichies, quelques murs tombent, les bidets quittent les lieux et, sur quatre niveaux, la Jeune Chambre dispose, maintenant, de trois salles de conférence, de bureaux, d'une cuisine, d'une salle d'archive et d'une terrasse.

 

L'Etoile Bleue revit. Les volets clos ? Sûrement pas.

 

Extrait de :

"Les petites bottines... Histoires des Lupanars et autres lieux de plaisirs galants en la bonne ville de Tours depuis l'origine jusqu'à nos jours"

 

Réalisé par :

Jean-Pierre Lecompte, Marie Chvedoff, Guy Trivas, Witold Suski

Jeune Chambre Economique de Tours, novembre 1981


 

 

 

L'étoile bleue en vidéo - Midi en France - Janvier 2013 

 

L'étoile bleue en vidéo - La nouvelle République - Septembre 2013

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